• Google +
  • Facebook
  • YouTube

Les avis sur la représentation de « Bouki et Malice » à la vieille grille, le jeudi 23 janvier 2014!

Après l’avis de l’ancien professeur de théâtre de Rose-Esther, je partage aujourd’hui avec vous les différents avis qui ont suivis la représentation de « Bouki et Malice », à la vieille grille, et qui avait lieu le 23 janvier dernier!

« J’ai été ravie de te rencontrer à cette belle soirée au théâtre de la vieille grille. La salle était chaleureuse quoique tellement respectueuse au point d’en être presque inerte ou trop timorée… Enfin c’est ainsi maintenant aucun applaudissement en cours de spectacle : il faut les réserver pour la toute fin. C’est tout juste si l’on s’autorise à rire.
Mais j’ai trouvé les danses extatiques de Rose Esther accompagnée de son excellent musicien très communicatives. Et quand elle a commencé à jouer de son bâton de pluie comme d’une arme, je me suis rendue compte que j’avais totalement oublié le monde technologique happée, captivée par les Aventures de Bouki et Malice. Ça fait du bien. Le bâton de pluie en acier inoxydable m’a rappelée à une toute autre réalité plus dure. J’en frissonne d’angoisse.

Merci pour ce spectacle et félicitations à tes compatriotes pour leurs talents. Je suis heureuse de découvrir la culture haïtienne ici à Paris, ville cosmopolite au rayonnement capital. Là il ne s’agit nullement de repli identitaire mais bien de partage culturel et la salle de différents horizons le prouve bien. En ces temps de toujours difficile acceptation, respect et tolérance puisque ce mots est souvent employé des uns et des autres, ça fait du bien.
Merci encore. » Aude d’Hemery.

« Spectacle à minima, mais plein avec une seule personne sur scène (voire même deux ; si l’on adopte un certain point de vue, car le tambourineur a fait sa performance aussi) s’adonnant à une performance digne de ce nom. Car elle a consisté à faire voyager en pensée dans les profondeurs des siècles réveiller les mânes de personnages haut en couleurs capables de résumer des pans entiers de vies réelles par leurs faits et gestes, mais particulièrement la polarité de l’intelligence face à la bêtise. C’est-à-dire représenter des choses abstraites au travers de deux personnalités aux antipodes. C’était à cette double incarnation que devait s’atteler Rose-Esther Guignard sur la petite scène du petit Théâtre Vieille Grille, le jeudi 23 janvier 2014. Tâche qui semblait écrasante au départ, mais que la comédienne a littéralement pliée en se surpassant par sa démultiplication sur scène pour entrer dans la peau des divers personnages par la magie de la diction multiples et d’une gestuelle très maîtrisée.

Tout au long d’une heure et plus de spectacle, on a compris que l’espace scénique est celle de la transfiguration et du miracle où tout un chacun a observé la règle d’or < de la suspension volontaire de l’incrédulité < de Doris Lessing. Ainsi prédisposés, tous les spectateurs de la fameuse soirée pouvaient croire avoir vu la jeune actrice sur scène, a l’aide de ses semelles, ponctuer les siècles pour activer deux ombres symétriques, celles de Bouki et Malicémergeant sans cesse du décor, animés par le souffle de sa diction et ses pas de danse.

Pour qui veut de la chair, on les reportera à bon escient au folklore de la culture populaire haïtienne où les deux personnages symbolisent l’opposition des figures du citadin madré et du paysan naïf, allégories de la bêtise et de l’intelligence, ou encore celles de l’intellectuel ou politicien retors et du et du citoyen lambda, qui se retrouve toujours gros Jean comme devant. Par extension de sens, on pourrait élargir la signification aux polarités de Karl Marx, celles de l’exploiteur capitaliste face à l’exploité prolétarien toujours grugé par un patron aux appétits de gain insatiables.

C’est une entreprise hardie et osée que de chercher à dépoussiérer le répertoire des contes du folklore haïtien pour les confronter à une réalité que l’on peut croire, à tort ou à raison, en de-çà ou au-delà de leur portée réelle. Or la nature humaine étant ce qu’elle est, il y aura toujours des Malice pour tirer les marrons du feu au grand dam de Bouki pour se laisser berner. Mais à la fin des fins, cela sera-t-il toujours ainsi? Un réveil est encore possible. Alors Rose-Esther a fait doublement œuvre qui vaille, d’une part en adaptant le conte au théâtre, d’autre part en remettant en circulation ces deux personnages comme manière d’avertissement et de mise en garde. » Guy Gétoute, poète et écrivain, journaliste culturel.

-->